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09.09.2026 Читать источник
Юморист Гий Нантель объяснил отказ от участия в ток-шоу «Bonsoir bonsoir» и призвал к его приглашению

Популярный канадский комик Гий Нантель выразил разочарование тем, что его не приглашают в радиопрограмму «Bonsoir bonsoir», несмотря на его высокий рейтинг в Квебеке. В интервью он рассказал о своей независимости, политической карьере и скандальных моментах в шоу, где обсуждалась тема согласия.
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Une blonde au parc avec Guy Nantel
Idéalement, me dit Guy Nantel, « j’aimerais qu’on fasse avec moi comme avec les autres humoristes, qu’on me demande : “Pis, ton show, tes vacances ? Et ton chat, comment il va ?” » Désolé, Guy. Tu n’es pas un humoriste comme les autres. Et nous ne sommes pas à Bonsoir bonsoir, ce talk-show estival radio-canadien, en ondes depuis 2019, où tu n’as jamais mis les pieds. « C’est quand même étrange, non ? Quand t’es un des artistes qui vendent le mieux au Québec, qu’on invite des inconnus, alors qu’à toi, on te dit : “Non, tu ne cadres pas avec notre ligne éditoriale.” »
Pour certains épidermes sensibles, cet homme de 57 ans, qui a grandi dans un HLM du nord de Montréal, serait radioactif. À la mi-juillet, j’ai bravé le risque d’irradiation pendant plus de deux heures.
Était-ce l’effet des rayons gamma ? Le temps a filé comme un voleur. Outre ses vacances et son chat, les sujets à aborder ne manquaient pas.
La politique. Dire qu’il aurait pu devenir le prochain premier ministre du Québec ! En 2020, au lancement de la course à la direction du Parti québécois, un sondage Léger- Le Journal de Montréal lui accordait 33 points d’avance sur… Paul St-Pierre Plamondon.
Le cinéma. À l’instar de Denis Villeneuve et de Philippe Falardeau, il aurait pu se rendre jusqu’aux oscars. Tous trois ont remporté La Course destination monde, une compétition télévisée de reportages dans les années 1990.
Ses vox pop. Vues des millions de fois, ces capsules exposent l’inculture abyssale de quidams croisés au Quartier latin ou à une manif antivax. C’est à rire… et à pleurer.
Sur sa photo de finissant de l’École nationale de l’humour, en 1989, Guy a des cheveux, un toupet, même. Du toupet, le quasi-chauve en a encore, voire plus.
La mort. Il ne la craint pas. Une zénitude qui découle peut-être de son bénévolat dans un service de soins palliatifs, à l’orée des années 2000. Récemment encore, il en a discuté avec un admirateur en fin de vie, à la demande de celui-ci.
Un mot sur le cadre enchanteur du tête-à-tête : le bleu du ciel, le vert du parc La Fontaine, la blonde en cannette et le rouge des chaises pliantes que mon hôte avait trimballées de chez lui, à pied. « J’habite à deux minutes. » Son condo, qui vaut aujourd’hui une beurrée, il l’a payé une bouchée de pain.
C’était il y a un bail. Avant même qu’il ne soit connu. « Le chemin a été long — 16 ans —, mais c’est correct. » Sur sa photo de finissant de l’École nationale de l’humour, en 1989, Guy a des cheveux, un toupet, même. Du toupet, le quasi-chauve en a encore, voire plus.
Audacieux, culotté, effronté, baveux : ces épithètes, Guy Nantel les revendique. D’où la surprise devant le titre de son septième solo : Bienveillant. À prendre au second degré, comme le reste.
Ces jours-ci, Guy Nantel promène sa fausse bienveillance. Le 6 juin dernier, il s’arrêtait à Longueuil. J’y étais. Derrière son micro, branché sur le 220 volts, il a vidé son sac sans répit pendant 90 minutes, avec la malveillance — et la maestria — que nous lui connaissons. Un succès.
— Tu dis à un moment donné que « la musique autochtone, c’est plate en estie »…
— Avoue que ça rit en maudit là-dessus. Tu te souviens de ce qui précède ?
Plus ou moins. Une enfilade de stéréotypes auxquels la plupart des gens adhèrent sans oser se l’avouer. Une page supplémentaire serait nécessaire pour expliquer la blague. Peine perdue : elle tomberait à plat ou serait taxée de raciste.
Bref, pour la comprendre et, qui sait, se bidonner, il fallait être là.
« Dans un résumé de journal, l’énergie de la salle n’y est pas. Un spectacle, c’est une bulle, une fiction, une convention. On entre dans un univers et quand on sort, c’est terminé. Les spectateurs savent que ce n’est pas vrai. Ils le sentent que je ne porte pas de haine. »
« L’idée qu’on a de lui est invraisemblable, elle est tout le contraire de ce qu’il est. » Au bout du fil, une voix tremble, entre tristesse et indignation : celle de Linda Nantel, sa sœur. « Guy est un homme juste, intègre, sensible, avec une grande ouverture d’esprit. Et bienveillant. » Linda est l’aînée des cinq enfants ; Guy, le cadet. Elle a investi dans Par la porte d’en arrière (1995), le premier solo autoproduit de frérot. Un bide financier, « mais il [l]’a remboursée ».
Le 20 octobre au Théâtre Maisonneuve, l’humoriste affrontera la critique montréalaise. Elle n’a pas toujours été bienveillante à son endroit. La palme de la charge assassine revient au Devoir, en 2022 : « […] il tient un discours tristement raciste, homophobe, transphobe, sexiste, classiste et âgiste. »
« Ce n’était pas une critique sur le show [ Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire …], mais sur moi, sur la personne que je ne suis pas. » Deux jours après la diatribe, Guy achetait une demi-page du journal, avec une publicité tapissée de commentaires élogieux… sauf un extrait gratiné de l’article maudit, assorti d’une phrase : « Si le journaliste du Devoir a détesté, soyez assurés que… vous allez adorer ! » Le souvenir lui dessine un sourire malicieux. « C’était une vengeance du fond du cœur. »
Il ne craint pas la réception « officielle » de Bienveillant. Son public est au rendez-vous. La recette fait recettes. « Je tourne toujours un peu autour des enjeux qui polarisent les Québécois : l’hypocrisie du milieu artistique, la santé mentale, le racisme, la culture québécoise qui disparaît. Les gags sont différents sur des sujets pas si différents. »
C’est un solitaire. Ses textes, il les pond tous. « Guy a toujours été très autonome et indépendant », soutient sa sœur. Réaliser un film ? « C’est trop compliqué, trop long. Me faire dire par des fonctionnaires de réécrire le scénario pendant huit ans et d’ajouter deux personnes handicapées… »
— Qui est ton premier lecteur ? Ta femme ?
— Mon Dieu, non ! Elle m’aime tellement, elle souhaite tellement que ça marche bien, mais elle craint la controverse. On y a beaucoup goûté.
« La polémique ne me fait pas peur. Même que je carbure un petit peu à ça. J’aime la lutte, le combat. »
Et comment ! Lancé à l’automne 2017, le spectacle Nos droits et libertés incluait un passage sur le consentement sexuel. Gilbert Rozon et Éric Salvail en faisaient notamment les frais. Tout comme une jeune femme — pas nommée — qui avait accusé d’agression sexuelle un député — également non identifié, mais surnommé Souvlaki à cause de son nom grec (une affaire pour laquelle le Directeur des poursuites criminelles et pénales avait statué « qu’aucun acte criminel n’[avait] été commis »). La présumée victime s’est identifiée sur Facebook, dénonçant l’humoriste, ce qui a valu à Guy Nantel d’être cloué au pilori. « On a prétendu que je riais des filles qui se font violer. Un journaliste qui n’avait pas vu le spectacle m’a demandé : “Ce n’est pas un peu dégoûtant de faire un gag comme rentrer un souvlaki dans le vagin d’une fille qui a été agressée sexuellement ?” »
Le DVD est accessible, ajoute-t-il, de guerre lasse. « Le gag est là. » À chacun et chacune de décider si cette tirade — d’un goût fort discutable, certes — commandait des menaces de mort contre lui, sa femme et sa fille, une escouade antiémeute de 70 policiers lors de la première, à la Place des Arts, et l’opprobre du milieu.
Guy assure qu’à Radio-Canada, il est toujours perçu comme toxique. « Je ne suis jamais invité, à part à Tout le monde en parle. Je sais que c’est un terrain miné. On m’invite parce que ça va donner un bon show, mais certainement pas pour me rendre service. La seule personne qui m’invite et qui est à genoux pour que j’accepte, c’est Marie-Louise Arsenault. Autant à la radio qu’à la télé, d’ailleurs. » Alors, qu’attend-il ? Rien. Il n’ira pas. « Marie-Louise piège tout le temps ceux qui ne pensent pas comme elle. » Il s’en trouve pour affirmer que Guy Nantel fait la même chose.
Dernièrement, sur le Web, il a piloté Faut en parler, une série de rencontres-débats sur divers thèmes (la communauté LGBTQ+, avec Michelle Blanc ; les médias, avec Patrick Lagacé ; etc.). Il a convié deux féministes. Elles n’ont pas aimé le résultat, et l’ont manifesté. La machine s’est emballée, les esprits se sont échauffés. La captation incriminée ? Effacée. « Mon producteur l’a enlevée. La polémique ne me fait pas peur. Même que je carbure un petit peu à ça. J’aime la lutte, le combat. Mais ça faisait des dommages chez nous. Ma fille, encore adolescente, se faisait insulter à cause de son père, et ce n’est pas le fun. »
À l’occasion, en fouinant dans les archives, on découvre une petite perle. Celle-ci, par exemple, publiée dans La Presse en 2013 à propos d’un possible saut en politique : « Je n’ai aucune intention de quitter cette job, qui est la plus aimée au Québec, pour celle qui est la plus détestée. »
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, dit le proverbe. Guy Nantel est tout ce que voulez, sauf un imbécile.
Retour à l’hiver 2020. Sans chef depuis la démission de Jean-François Lisée aux élections de 2018, le PQ est en chute libre. Qui pourra sauver les meubles ? « Personne n’avait l’air intéressé, et plein de gens me demandaient si ça me tentait. » Un livre leur avait sans doute mis la puce à l’oreille : Je me souviens… de rien : Quelques réflexions de tête et de cœur sur un Québec sclérosé (2017, Groupe Entourage), lettre d’amour signée Guy Nantel à une province qu’il voudrait voir devenir un pays. « Mon intuition me disait : tu ne peux pas regarder le PQ disparaître et avec lui la seule vraie option souverainiste qui existe, à mon avis. »
Il se lance alors dans la course à la direction. Propulsé par sa notoriété, il caracole dans les sondages, laissant ses trois adversaires peu connus se partager les miettes. « Chez les militants, par contre, c’était une fin de non-recevoir. Deux députés se sont publiquement prononcés, disant qu’ils ne voulaient pas un clown comme chef. »
Sur ce, je lui mentionne : ces militants n’étaient-ils pas au parfum qu’en 2016, Volodymyr Zelensky, alors comédien burlesque, avait joué du piano avec son sexe dans un sketch télévisé ? Trois ans plus tard, les Ukrainiens élisaient président le « clown », ainsi baptisé par ses détracteurs.
Haussement d’épaules. Guy ne joue pas du piano. Le candidat Nantel a fini troisième. Après cette défaite, l’humoriste Nantel a créé le spectacle Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire … où la ligne entre les deux Nantel a été jugée plutôt floue.
« Paul [St-Pierre Plamondon] a mérité sa victoire et nous a montré depuis qu’il est sérieux, qu’il a des convictions. » Mais… « Je trouve étrange qu’un parti politique où chaque vote compte, particulièrement dans un contexte référendaire qui se présente, boude quelqu’un comme moi, fortement associé dans l’imaginaire collectif à cette cause-là. Je ne suis pas un danger ni pour Paul ni pour le reste de la gang. »
— OK, le message est passé. Et si on parlait de ton chat ?
— Quel chat ? Je n’en ai pas, je suis allergique.
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Cet article a été publié dans le numéro d’octobre 2026 de L’actualité.
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