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08.09.2026 Читать источник
Группа Katseye выступает в Париже без двух участниц на фоне критики условий труда в индустрии K-pop
Группа Katseye начала европейское турне в Париже с двумя участницами, покинувшими коллектив, что вновь привлекло внимание к спорным условиям их подготовки. Несмотря на критику со стороны фанатов и общественности, проект продолжает приносить коммерческий успех, вызывая вопросы о влиянии индустрии на молодых артисток.
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Le succès de Katseye : le recession indicator ultime ?
Ce mercredi 9 septembre, Katseye s’apprête à monter sur la scène de l’Accor Arena avec deux membres en moins. L’occasion de revenir sur ce groupe qui déchaîne les passions depuis trois ans, entre hypersexualisation, succès commercial, et conditions de travail décriées. Et de se poser une question: qu’avons-nous appris du calvaire qu’a traversé Britney?
C’est en 2023 que le public fait la connaissance d’une poignée d’adolescentes, âgées de 14 à 20 ans, participant à Dream Academy, une compétition diffusée sur TikTok et YouTube née de la collaboration entre le label américain Geffen Records et le géant du divertissement sud-coréen HYBE. Le but? Hybrider le modèle de la K-pop et le système d ‘idols pour le marché occidental, en formant un global girl group, Katseye, composé de chanteuses venues du monde entier.
Parmi les 120 000 candidatures reçues, provenant des États-Unis, de Slovaquie, du Brésil, ou de Corée du Sud, une vingtaine de profils est retenue. Pendant deux ans, elles sont soumises à un programme intensif de chant, de danse, de tests et d’éliminations, isolées de leurs familles. Le programme ne cesse de recourir à des pratiques malsaines, reposant sur la manipulation et les mauvais traitements des candidates, quant au public, il est invité à les comparer et les classer selon leurs performances.
Manipulation et harcèlement
La formation du groupe est filmée dans Pop Star Academy, série documentaire diffusée sur Netflix un an plus tard. On y découvre une équipe exigeante, qui résume son ambition ainsi: “ On a besoin d’une cohésion parfaite, comme des petits robots. ” On ne pouvait pas faire plus à propos, l’émission ne se cachant pas de vouloir les utiliser pour construire des panoplies de popstars fructueuses. La production ne leur laissera rien: tout, de leurs joies à leurs peines, en passant par leurs états de défiance envers l’équipe et la dégradation de leur santé mentale, est une matière à vomir du storytelling télévisuel.
La production capitalise notamment sur les tensions autour de Manon, seule membre noire du sextuor, dépeinte comme moins impliquée que les autres, voire fainéante. Voilà qu’au sein même de la communauté de fans de Katseye, des micro-communautés se forment autour de, et surtout contre chacune des membres, donnant lieu à des campagnes de harcèlement en ligne d’une extrême violence. Alors que la compétition était censée avoir pris fin avec la formation du groupe, une autre commence, cette fois moins guidée par une production véreuse que par la toxicité des relations parasociales qu’elle a engendrée. Mais comme le leur dira leur référente lors du tournage: “ Certains fans vont penser que vous leur appartenez. Et d’une certaine manière, c’est vrai.”
Les joies du début
Leur surexposition est ainsi lancée. Et il faut bien le reconnaître, les six comparses – Daniela Avanzini, Sophia Laforteza, Lara Rajagopalan, Yoonchae Jeong, Megan Skiendiel et Meret Manon Bannerman –sont attachantes, talentueuses, drôles, chronically online comme pas deux et se meuvent avec panache et amusement dans le cadre strict qu’on leur impose. On a parfois même le sentiment qu’elles piratent, par petites touches, le système auquel elles ont souscrit, notamment lorsqu’elles critiquent ouvertement la façon dont elles ont été traitées pendant le programme. Elles plaisent à un public jeune, féminin et queer, qu’elles ne manquent pas de défendre. Pendant un temps, l’aventure Katseye paraît pour tout le monde encore un peu amusante.
Leur discographie, constituée de trois EP, oscille entre titres régressifs et caractériels, qui viennent titiller nos endorphines et nous choper à notre corps défendant ( Gnarly, PINKY UP ), et d’autres morceaux sans éclat, taillés pour les charts et les radios familiales ( Touch, Gabriela ). Le tout accompagné de chorégraphies de haute volée caractéristiques de la K-pop, de poses suggestives et de tenues déshabillées, malgré le très jeune âge des membres.
– de chanteuses, + de ventes
Mais en février 2026, Manon, la Suissesse du groupe, annonce faire une pause à durée indéterminée, en accord avec le label, pour préserver sa santé mentale. Les fans cherchent alors des explications, et un sujet se dégage: celui du traitement des chanteuses noires dans les girl groups. L’entreprise est sous le feu des critiques pour ne pas l’avoir assez protégée face au racisme qu’elle a pu recevoir, ou pire, pour avoir préparé le terrain à toute cette haine. Fin août, c’est au tour de Sophia d’annoncer prendre une pause: “On ne peut rien verser d’une tasse vide. Il est important de prendre soin de soi” (“You can’t pour from an empty cup. It’s important to care for yourself” ).
On aurait pu croire que le public de Katseye se détournerait peu à peu du groupe. Pas du tout. Si le bad buzz frappe, il disparaît aussitôt: leur dernier EP, Wild, a permis au groupe de décrocher son premier numéro 1 au Billboard 200. Leur tournée européenne, elle, a commencé ce 1er septembre à Dublin, avec deux membres en moins.
Elles sont surmenées, et le public ne manque pas d’apostropher les dirigeant·es de HYBE sur les réseaux pour les sommer de faire mieux. Le paradoxe devient alors vertigineux: le public qui dénonce leurs conditions de travail est aussi celui qui fait fonctionner la machine. Il vote, classe, commente, produit des edits, alimente les tendances, défend sa favorite et transforme chaque conflit en contenu. La critique elle-même devient une forme d’engagement, donc une source de visibilité et de revenus pour HYBE.
How are we “exaggerating” when this is genuinely serious? The girls are being overworked and while I’m glad Megan says she’s feeling better, that doesn’t make this normal or okay. She should be able to properly rest her ankle and take as much time as she needs to recover. pic.twitter.com/sowlsFOcI5 — hxg biggest hater | OT6 (@sodanichild) September 4, 2026
Dix pas en arrière
Katseye ne transpose pas simplement le système d’idols en Occident: il le mélange aux codes de la pop américaine et à l’économie des réseaux sociaux. Les filles peuvent parler de leur vie personnelle, de leur sexualité ou de leurs états d’âme, tout en étant soumises à une machine de fabrication et de promotion digne de la K-pop. C’est peut-être là toute la modernité du projet: donner l’impression d’une proximité et d’une authenticité occidentales à un produit extrêmement contrôlé. De quoi faire oublier au public les leçons tirées des témoignages de Britney Spears et d’autres artistes sur le traitement des jeunes chanteuses par l’industrie. La prise de conscience fut courte.
Et Katseye n’est déjà plus une expérience isolée. En mars, HYBE a annoncé la création d’ABD, un label spécialisé dans les girl groups, puis deux mois plus tard a dévoilé Saint Satine, son deuxième global girl group, dont trois membres sortent de Dream Academy. Au Royaume-Uni, les nouveaux girlbands XO et Say Now revendiquent le retour d’un format que l’industrie semblait avoir progressivement abandonné. Le terrain est aussi fertile en France, avec notamment l’émergence de Starseed’z, suivi, au moment de la rédaction de cet article, par 74 000 personnes sur TikTok.
Tout cela signe également le retour d’un canon féminin rétrograde, camouflé derrière un token de diversité ethnique: celui de jeunes femmes ultra-minces, aux visages de mannequins, sexualisées à outrance et érigées en exemples. Et si ce n’est la faute d’aucune des six chanteuses, à qui l’on souhaite de s’extirper le plus vite possible de cet engrenage, c’est bien celle d’une industrie qui prétend avoir modernisé la pop quand elle ne fait que réveiller les fantômes de son passé.
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